Recension Technikart

Ne plus travailler, gagner beaucoup avec Guy Tournaye

Après une élection qui aura vu chaque candidat y aller de sa petite célébration du travail, Guy Tournaye signe un roman à donner le tournis au Medef et à l’ANPE. Franck Valberg, le « héros » de Radiation, est un enfoiré de la pire espèce : après s’être fait un juteux pécule en bourse, il se fait embaucher pour un CDD chez Gracen&Gracen, cabinet de conseils en stratégie d’entreprise. Jouant sur une erreur de contrat, il envoie son employeur aux Prud’hommes. En attendant le procès et son dû, il pointe à l’ANPE, qui le déclare… inapte au travail pour cause de profil INTP (personne introvertie et insensible qui a besoin de nouveauté et d’exigence intellectuelle). Parasite ultime, Valberg est « mal vu à droite, mal vu à gauche, vomi par le centre », ce qui lui laisse le temps de révéler les apories du système et de prôner, en bon branleur, une remise en question du rapport activité/oisiveté.

Le coupable de ce roman à thèse avait déjà publié Le Décodeur, roman truffé de détournements. Même principe pour cette Radiation, où une citation de Nietzsche peut précéder une formule de Henry Ford. Ajoutons que l’auteur est fan de Roxy Music (chaque chapitre porte le nom d’une chanson du groupe), et qu’il est capable d’écrire une scène de cul comme une analyse du Cac 40. Enfin, ce livre hilarant possède une morale en forme d’énigme à méditer en deux CDD. Un sacré boulot.

Jean Perrier
Technikart
Juin 2007